Coups de coeur

La cité Bruno, plus ancienne cité jardin de France

Lorsque j’ai expliqué à des amis que j’avais passé une journée entre Lens et Douai, et que j’avais notamment visité une ancienne cité des mines, ils m’ont répondu “Ah bon ? Ça se visite, une cité ?” Mais oui ! Et avec plaisir ! Surtout la cité Bruno, qui a été entièrement réhabilitée et vous accueille avec ses couleurs chaudes, ses parterres de fleurs et son ambiance paisible.

La cité Bruno

La cité Bruno “Ancienne” a été nommée “Cité-Jardin exceptionnelle du Bassin minier Patrimoine mondial de l’UNESCO” parmi les 109 sites du Bassin Minier classés le 30 juin 2012 (y compris l’église, le presbytère, l’école et la salle des fêtes). C’est une fierté et une reconnaissance extraordinaire d’un patrimoine et de sa place dans l’histoire humaine.

Mais qu’a-t-elle de si exceptionnelle, cette cité ? Eh bien, c’est la première “cité jardin” construite en France (1904). C’est même la première Cité-jardin d’Europe Continentale.
À la toute fin du 19e siècle, le concept de “cité jardin” prônait une architecture plus humaine. On a donc oublié les grandes barres de corons, les maisons étroites collées les unes sur les autres le long de routes rectilignes, au profit de lignes courbes, de larges trottoirs, de squares publiques, d’arbres et de fleurs… Cela donne à ces cités un petit côté “village anglais” (normal : les cités jardins sont apparus en premier de l’autre côté de la Manche). De nos jours, cela peut sembler anodin, mais à l’époque, c’était révolutionnaire ! La Compagnie des Mines de Dourges a construit en précurseur trois autres cités sur ce modèle (Foch à Hénin-Beaumont, Darcy et Crombez à Noyelles-Godault), avant d’être imitée par les compagnies de Lens, d’Anzin puis de Béthune.

Les maisons sont majoritairement construites en briques, certaines enduites de ciment. Les façades sont décorées de jeux de brique et de faux colombages en ciment, quelquefois peints.

C’est qui, ce Bruno ?
La cité est dédiée à Bruno de Boisgelin, alors président de la Société des Mines de Dourges et petit-fils d’Henriette de Clercq qui, en 1841, fit réaliser les premiers forages de repérage du charbon dans le Pas-de-Calais.

La prestigieuse reconnaissance par l’UNESCO a permis une prise de conscience de la qualité de la cité, de l’héritage exceptionnel qu’elle représente, aussi bien chez les habitants des lieux que chez les bailleurs sociaux. Une cité minière peut être belle et attractive. Des travaux de rénovation et de réhabilitation ont donc été lancé pour obtenir des maisons mieux isolées, plus lumineuses, plus confortables (et plus jolies !), ainsi qu’un traitement plus écologique des eaux de pluie, une mise en valeur des chemins piétons et de la végétation… La cité Bruno rénovée a été inaugurée le 7 octobre 2017.

Depuis, la cité Bruno est devenu un lieu de visite et de découverte du patrimoine minier : des visites sont organisées régulièrement.

Ernest Delille, l’architecte de la cité Bruno

L’idée de créer une cité jardin à Dourges est due à Ernest Delille, natif du Douaisis et ami d’Henri Sirot (qui fut longtemps architecte en chef de la ville de Douai). Delille avait débuté sa carrière à la Société des Mines de Courrières et était devenu architecte en chef de la Société des mines de Dourges en 1901. C’était déjà un grand changement, car les compagnies minières, à l’époque, confiaient la construction de leurs logements à des ingénieurs, soucieux de rentabilité plutôt que de confort.

Delille s’était intéressé aux théories de l’Anglais Ebenezer Howard, inventeur de la « cité-jardin », au point qu’il s’était rendu en Angleterre pour étudier les premières cités de ce type à Port-Sunlight et Letchworth (vous pouvez tout apprendre de l’évolution des cités minières à la Cité des Électriciens de Bruay-la-Buissière). Convaincu, il était revenu en France avec l’envie de construire une cité saine, aérée, verdoyante… et la cité Bruno lui en a fourni l’occasion. Il créa par la suite d’autres cités autour de Dourges, Evin-Malmaison, Oignies ou Hénin-Beaumont.

Son idée principale ? “Fournir à tout ménage modeste un maximum de confort et de lumière afin de retrouver à la ville les conditions d’équilibre qu’on trouve dans la nature”. Les habitations qu’il fit construire étaient saines parce que ventilées, disposaient d’une cave, de dépendances pour les besognes sales et de “cabinets d’aisance” à fosse septique. Pour l’époque, un luxe et une modernité incroyables !

La “Petite Pologne

En 1922, les premiers occupants de la cité ont été transférés vers une autre cité-jardin à Hénin-Beaumont, laissant la place à des travailleurs polonais. Les logements n’étant pas assez nombreux, en 1923, la Compagnie des Mines de Dourges a fait construire plus de 260 nouveaux logements (la cité “Nouvelle”). Terminées bien plus rapidement que les précédents, ces maisons étaient moins variées, plus standardisées, mais aussi plus rationnelles.
En 1926, la cité Bruno accueillait plus de 2600 habitants, tous Polonais, qui arrivaient avec leur tradition, leur gastronomie, leur culture, leur langue, au point que l’on surnommait la cité “la Petite Pologne”. De nos jours, les habitants d’origine polonaise sont encore nombreux et l’amicale polonaise de Dourges est vivace.

La Compagnie des Mines de Dourges a fait construire une église qui porte le nom du Saint patron de la Pologne, Stanislas. Ouverte en 1927, l’église est construite en béton armé dans un style néo-byzantin en vogue à l’époque, avec une décoration intérieure inspirée de l’Art Déco. Le superbe maître-autel de l’église Saint Stanislas, intitulé « la chapelle de la Nativité » est une sculpture en bois qui représente une crèche de Noël dans le style traditionnel des montagnes polonaises.
L’église Saint-Stanislas et le presbytère ont été inscrits aux monuments historiques en 2009.

Si vous voulez visiter seul.e la cité Bruno, utilisez le circuit de découverte « La tournée du facteur à la Cité Bruno » sur l’application “Échappées en pays minier”, téléchargeable gratuitement sur Androïd et IOS.

Pour prolonger la balade, à quelques centaines de mètres de la cité Bruno, vous pouvez vous promener le long du chemin de halage qui longe la Scarpe jusqu’à la gare d’eau pour péniches.

INFORMATIONS PRATIQUES

Adresse : la cité “ancienne” est située entre les rues Roger Salengro et Félix Faure, au-dessus du parc Jean Moulin, 62119 Dourges. La cité “nouvelle” se situe de l’autre côté de la rue Roger Salengro.

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