Coups de coeur

L’épopée de la chaussure à Lillers

Savez-vous qu’une petite ville du Pas-de-Calais fut, jusqu’à la Seconde guerre mondiale, la capitale française de la chaussure ? Lillers a connu une expansion économique inédite grâce à cette industrie. La dernière usine a fermé ses portes en 1996. Encore présents aujourd’hui dans le paysage urbain, les souvenirs de cette période faste sont rassemblés dans un musée.

À la fin du 19e siècle, les ateliers Fanien ont révolutionné les modes de fabrication des chaussures. Des logements ouvriers aux coopératives, c’est toute une ville qui a vécu au rythme de cette industrie jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

La “maison Fanien”, ou cordonnerie Fanien, a été fondée en 1823 par Charles Fanien (dont le père était un maître cordonnier qui dirigeait un atelier d’une petite dizaine d’ouvriers). Charles Fanien a installé à Lillers, non loin de Béthune, une fabrique de chaussures qui s’est rapidement développée, employant dès 1824 une cinquantaine d’ouvriers.

La fabrique a continué son développement grâce à des techniques et des outils de travail à la pointe du progrès. L’entreprise a ensuite été reprise par les fils Fanien, Achille (député du Pas-de-Calais de 1881 à 1885 et de 1889 à 1902), puis Ovide (qui fut maire de Lillers).

En 1860, la maison Fanien employait près de 1 500 ouvriers dans des bâtiments qui s’étendaient sur 12000 mètres carrés à Lillers, mais aussi à Saint-Omer et Fruges (Pas-de-Calais), à Steenvoorde (Nord) et à Paris.

Philanthropes, les Fanien ont marqué la ville de Lillers en œuvrant pour le bien-être de ses habitants : ils ont fait construire 200 habitations pour les ouvriers en 1889, ont aidé les ouvriers à accéder à la propriété, ont fait ériger une école de garçons et une école de filles, et ont créé une société communale de secours mutuels, une école de natation et un hospice.

Chaque année jusqu’à son décès en 1915, Achille Fanien a donné à la ville de Lillers deux maisons ouvrières qui étaient attribuées par tirage au sort le 14 juillet à des membres de la société de secours mutuels.
Philanthrope, Ovide a fondé un orphelinat, un hôpital de jour, a créé une Harmonie et une salle des fêtes, a aménagé un parc et des promenades…

La rue Fanien est en bonne place dans la ville de Lillers, tout comme le buste d’Ovide Fanien, toujours visible à l’arrière de la mairie, et l’harmonie municipale, qui fut l’une des meilleures de France, continue à porter leur nom.

La Maison de la Chaussure

La Maison de la Chaussure, créée en 1994 place du capitaine Ansart, rappelle que Lillers a été l’un des plus importants centres nationaux de fabrication de chaussures.
Après la guerre, l’économie de marché et l’importation de produits asiatiques a rapidement grignoté des parts de marché (la “maison” Fanien a disparu dès 1950) jusqu’à ce que Lillers ne soit plus en capacité de concurrencer les fabricants étrangers. Et même si les entreprises restantes se sont spécialisées dans la chaussure utilitaire, l’industrie a décru jusqu’à ce que la dernière usine ferme ses portes en 1996.

Aujourd’hui, ce sont les souvenirs d’une période faste qui sont rassemblés dans ce petit musée.

On y découvre les étapes de fabrication d’une chaussure grâce aux outils, machines et modèles de souliers présents sur place. On apprend tout sur une industrie et un savoir-faire, grâce aux indications et aux anecdotes du guide.

Comment les chaussures étaient imaginées et dessinées ; comment les peaux étaient tannées, découpées suivant un patron, puis “moulées” sur des “embauchoirs” (formes de pieds en bois de différentes tailles), perforées, piquées ; comment les matières étaient travaillées pour épouser parfaitement les volumes choisis ; comment les semelles étaient clouées ou cousues…

Il ne fallait pas seulement fabriquer les chaussures, mais aussi les vendre. Les “représentants” de commerce se promenaient donc avec des valises grâce auxquelles ils présentaient les différents modèles de chaussures et de bottes.

Le musée présente également une rare chaussure en cuir datant du début du 18e siècle.

La Maison est visitable durant les journées du patrimoine et les dimanches de mai à septembre. Renseignez-vous auprès de l’Office du Tourisme de Béthune-Bruay car il est parfois proposé des visites guidées de la ville sur le thème de la chaussure et des ateliers de cordonnerie.

La ville de Lillers

La ville raconte une histoire, autant la visiter !

L’hôtel de ville, de style néo Renaissance Flamande, a été construit après la Grande Guerre. Ses vitraux, ôde à la République, sont, par contre, typiquement Art Déco.

Photo issue du site de l’Office du Tourisme Béthune-Bruay

La “Maison de l’Argentier”, construite en 1631, est située en face de la Chapelle de la Miséricorde, construite au 18e siècle en “style français”.
La Maison de l’Argentier est la plus belle et ancienne maison de la ville. Elle appartenait à François Christophe Duponchel, sieur de Tongry et argentier de la ville. Elle possède un pignon “en pas de moineaux” (en escalier), typique des Flandres.

L’hôtel Fanien, qui a longtemps accueillit la sécurité sociale, a été restauré. Le bâtiment devrait devenir un musée de l’Écriture (la ville possède une riche collection en ce domaine). En attendant, des fresques réalisées par le collectif belge “Farm Prod” ont été posées sur les fenêtres. Elles relatent l’histoire de la chaussure à Lillers, de la famille Fanien et du bâtiment en lui-même. 

Derrière l’hôtel Fanien s’étend un joli parc (le parc du Brûle) que la famille avait créé pour agrémenter son hôtel particulier.

“La Fourmi” était une coopérative ouvrière de consommation, un regroupement de consommateurs qui obtenaient des prix de gros sur les biens de consommation. Les coopératives étaient détenues et dirigées démocratiquement par leurs membres.

La salle Sainte-Cécile accueillait les répétitions de l’harmonie municipale Fanien.

Et quelques jolies maisons anciennes ont survécu aux guerres et aux destructions…

Visitez aussi la collégiale Saint-Omer, édifice roman le plus vaste au nord de Paris ! (un article y sera bientôt consacré)

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : Maison de la chaussure – 2, Place du Capitaine Ansart 62190 Lillers
Horaires : seulement lors des visites guidées
Tarifs : gratuit

Puisque vous êtes dans le coin :
La Cité des électriciens, à Bruay-la-Buissière, est un autre endroit de mémoire industriel qui vaut le détour.

Je vous invite aussi à vous promener dans l’ancienne gare d’eau de Béthune, espace de nature et de promenade, ou grimper les terrils jumeaux d’Haillicourt.

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