Coups de coeur

L’hôtel de ville et le beffroi d’Armentières, chefs-d’œuvre de la Renaissance Flamande

Imposant chef-d’œuvre de Louis Marie Cordonnier, l’Hôtel de ville d’Armentières et son majestueux beffroi classé au Patrimoine mondial de l’Unesco s’élèvent fièrement sur la Grand’ place. Construit entre 1925 et 1934, cet édifice de style “renaissance flamande” souligne la puissance passée de cette ville qui fut une championne du textile.

On peut être surpris de trouver un hôtel de ville aussi grand, aussi majestueux, à Armentières. Ce serait oublier son glorieux passé. En effet, Armentières, ancienne cité industrielle des Flandres, fut l’une des dix « villes drapières » du nord de la France. Elle connut la prospérité à la Belle Époque et jusque dans les années 1950, grâce à l’industrie textile. À la fin du 19e siècle, Armentières possédait 36 tissages mécaniques avec machine à vapeur qui produisaient des kilomètres de drap. La « Cité de la toile », comme elle était surnommée, était connue dans toute l’Europe, mais aussi en Orient et Amérique du Sud.

Quand arriva la Première Guerre Mondiale, Armentières était une ville riche et prospère. Mais elle fut bombardée à plusieurs reprises, notamment en 1918, au point qu’au sortir de la Grande Guerre, elle était détruite à 90% !
Le centre-ville et l’ancienne mairie, qui datait du 17e siècle, étaient totalement en ruines.

Après la guerre, on lança de “grands travaux” dans les villes ravagées du Front, une période qui s’étala sur 20 ans et que l’on nomma “La Reconstruction”. À Armentières, ce fut l’occasion pour l’architecte Louis-Marie Cordonnier d’aménager une nouvelle place dans le style qu’il affectait et revendiquait, celui d’une « Renaissance flamande » idéalisée.

En plus de l’hôtel de ville et du beffroi, le prolifique Louis-Marie Cordonnier dessina également le monument aux morts pyramidal, la halle (devenue la salle de spectacle « Le Vivat ») et la nouvelle église Saint Vaast dans un style néogothique.

L’hôtel de ville d’Armentières

La première maison communale fut construite au 13e siècle. Devenue halle échevinale*, de nombreuses fois détruite durant les siècles qui suivirent en raison des guerres et des incendies, elle fut reconstruite sur la Grand’ Place en 1490, puis agrandit, rénovée, modifiée… jusqu’à devenir hôtel de ville, au 17e siècle.
Ce grand édifice blanc de style classique et son joli beffroi furent anéantis par la Grande Guerre.
(*lieu où se réunissaient les échevins, des magistrats, choisis parmi les notables)

L'ancien hôtel de ville, vers 1900
L’ancien hôtel de ville, vers 1914

La construction de cet imposant édifice en brique de style “Renaissance flamande” eut lieu en deux étapes : le 11 novembre 1925, la première pierre du nouvel hôtel de ville fut posée par Cordonnier et le maire de l’époque. En 1928, le chantier était pratiquement terminé et les services municipaux s’installèrent au rez-de-chaussée de l’hôtel de ville. Mais il fallut attendre six années supplémentaires pour que le beffroi soit terminé et que l’hôtel de ville soit inauguré. La raison ? Un manque de financements. L’Allemagne cessa de verser ses dommages de guerre (décidés en 1919) à partir de l’élection de Hitler, en 1933, et la ville d’Armentières, comme tant d’autres, dut trouver ailleurs les moyens de terminer son beffroi, qui fut inauguré en juin 1934.

L’hôtel de ville imaginé par Cordonnier illustre une fierté retrouvée, avec sa façade encadrée de deux bretèches (les logettes en saillie), son escalier monumental et son grand salon, héritiers de la halle échevinale.

Les vitraux du grand escalier évoquent les anciennes industries locales : tissage, brasserie et filature. Armentières était “la cité de la toile”… et de la bière !

La ville d’Armentières possédait plusieurs brasseries, la plus célèbre étant la “brasserie Motte-Cordonnier” et son étoile rouge à 5 branches.

L’entrée principale est réellement impressionnante. Non seulement les matériaux sont nobles, mais le style est imposant et l’escalier monumental est immédiatement visible avec son grand vitrail.

Le beffroi de l’hôtel de ville

Monument emblématique, il a été admis en 2005 au patrimoine mondial de l’UNESCO parmi une liste de 23 beffrois de Belgique et de France.
Symbole des libertés communales, le beffroi a été pensé par Louis-Marie Cordonnier pour rappeler son histoire médiévale : il est orné d’échauguettes et de mâchicoulis.

L’ancien beffroi d’Armentières, bâtit en 1510, avait été intégré à l’Hôtel de Ville en 1724, à l’issue d’importants travaux entrepris par les échevins. Détruit en 1918, le beffroi d’Armentières a été entièrement reconstruit avec des matériaux et des méthodes modernes, et inauguré en 1934, après neuf années de travaux.

Au pied du beffroi, la visite commence par un “mini-musée” qui rappelle le passé textile de la ville et présente certaines des anciennes cloches du carillon.

Surprise ! Le Beffroi d’Armentières est complétement creux. Il a été réalisé en béton armé, couvert de briques, et percé de hautes et minces fenêtres semblables à des meurtrières pour laisser passer le vent (le chêne et le roseau, vous connaissez ? ;))

Le béton a été laissé brut à certains endroits, notamment les sols et les plafonds, comme pour revendiquer son utilisation.

Un escalier en bois de 96 marches (un peu raide, il faut du souffle) permet d’accéder au carillon, constitué de 11 cloches, dont la principale pèse plus d’une tonne, et qui joue le refrain de “la Madelon” à chaque heure.

Je vous parlais des hautes fenêtres qui laissent passer le vent… Lors de la tempête qui a balayé les Hauts-de-France en 2008, grâce à cette conception ingénieuse, le beffroi a tangué, mais n’a pas cédé. Par contre, la force des vents a détaché les aiguilles de l’horloge (qui sont allées se planter près d’un arrêt de bus !). Elles ont été récupérées et sont exposées avec les anciens mécanismes de l’horloge.

Du haut de ses 67 mètres de hauteur, vous profitez d’une très belle vue panoramique jusqu’à 30 kilomètres à la ronde… voire plus ! De la botte d’Euralille aux Monts de Flandre en passant par la vallée de la Lys, et peut-être même, par temps clair, tout là-bas, les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle.

Et si vous cherchez bien, vous trouverez la signature d’un soldat Allemand qui devait être sentinelle du haut du beffroi en 1944 et a gravé son nom.

Le beffroi se visite chaque 1er samedi du mois d’avril à octobre et 1er et 3e samedis en juillet et août, à 14h30. L’Office du Tourisme d’Armentières organise également, de temps à autre, des visites “Beffroi et Bière” 😉

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse : Grand Place 59280 Armentières
Horaires : vous pouvez entrer librement dans l’hôtel de ville du lundi au vendredi et le samedi matin. Le beffroi se visite uniquement en visite guidée.
Tarif : l’entrée ans l’hôtel de ville, la visite du beffroi coûte 5€

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