Week-ends

Un week-end à Amiens (suite)

La ville d’Amiens possède tellement de richesses à découvrir que vous n’aurez pas assez d’un week-end… comme je n’en ai pas eu assez d’un seul article ! Ce second article fait suite au premier qui vous présentait la cathédrale, les hortillonnages, le musée Jules Verne, l’Art Déco à Amiens, le beffroi, le quartier Saint Leu, etc. Et je pense qu’un troisième article verra le jour l’année prochaine (pour vous présenter le parc archéologique de Samara).

L’hôtel Bouctot-Vagniez

Avant l’Art Déco, le style à la mode était l’Art Nouveau, tout en volutes, formes végétales et figures féminines. Amiens possède l’un des joyaux de ce style, au 36 rue des Otages.

L’hôtel Bouctot-Vagniez appartenait auparavant à la ville, qui y avait installé la Chambre de Commerce, mais il a été vendu en 2018 à la Compagnie de Phalsbourg qui prévoit de les transformer en un hôtel de luxe. Il est donc encore possible de le visiter cette année… mais ce sera peut-être la dernière !

Mais qui a eu l’idée de construire une œuvre aussi insolite dans le centre-ville d’Amiens ? L’architecte Louis Duthoit, le petit-fils et petit-neveu des frères Duthoit, qui a par la suite dressé les plans de la reconstruction d’Amiens en 1919. Il l’a fait à la demande de Marie-Louise Vagniez, d’une famille amiénoise qui a fait fortune principalement dans le textile, et André Bouctot, rentier, homme de finances, qui se marièrent en 1906 à Amiens. Ils ont versé chacun la moitié de la somme (un million de francs or, une fortune à l’époque) pour faire construire cette riche demeure. 

Le projet a donc été confié à Louis Duthoit en 1907 et la construction a duré trois ans (de 1909 à 1911). André Bouctot étant trop occupé par ses affaires, il a laissé sa jeune épouse décorer la maison comme elle le voulait. Et comme elle aimait l’Art Nouveau, Marie-Louise a demandé à l’architecte Duthoit de lui créer une œuvre complète (peintures, tapisseries, mobilier, vitraux…) dans ce style, avec pour seule exigence de faire figurer des animaux et différents thèmes floraux tant à l’extérieur qu’à l’intérieur.

Plusieurs “thèmes” se retrouvent ainsi dans toute l’habitation, que ce soit sur les peintures murales, le mobilier, les boiseries, les poignées de porte, etc. Ainsi, on retrouve partout des pommes de pin, symboles de fécondité.

Lors de votre visite, vous replongerez au tout début du 20e siècle dans une ambiance fastueuse.

Pierre de taille, briques jaunes, toits d’ardoise, marbre blanc… L’architecte a joué avec les matières.
Sur chacune des façades du bâtiment, on distingue un décor animalier et floral. Cigognes, écureuils, roses, tournesols…

Au rez-de-chaussée se trouvent les pièces d’apparat (le petit salon, le grand salon, la salle à manger et le hall) et trois entrées : celle des affaires (dédiées aux collaborateurs d’André), celle des invités et enfin celle de service.

Au premier étage, on trouve les appartements de Monsieur et Madame ainsi que ceux de la famille, la chapelle privée de madame et les trois salles de bains.

Au second, côté rue, ce sont les chambres des invités, et côté jardins, celles des domestiques.

Chaque pièce a un thème floral bien défini. Dans le Grand salon, ce sont des hortensias, du lierre, des roses et des œillets.

Il existe plusieurs salles de bain dans la demeure. Toutes sont agrémentées d’un carrelage décoré de carpes, vagues, lotus, nénuphars… qui font penser à “La Grande Vague” d’Hokusai.

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
36, rue des Otages 80000 Amiens
Horaires : accessible uniquement sur visites guidées
Tarifs : 4€ (adulte), 2€ (enfant)

Le musée de Picardie

Gros coup de cœur pour le magnifique musée de Picardie !

Au milieu du 19e siècle, la Société des antiquaires de Picardie a milité pour que les nombreux objets d’art et d’archéologie récoltés depuis des décennies dans la Somme et l’Amiénois puissent être conservés et exposés dans un musée digne de ce nom.

Édifié entre 1854 et 1867 à la demande de Napoléon III, le Musée de Picardie est le premier bâtiment français à avoir été construit spécifiquement pour être un musée. Un pionnier !

D’abord baptisé “Musée Napoléon” (bien sûr…), il est devenu “musée de Picardie” en 1875, car ses collections rendent hommage à la région, à son histoire et à ses hommes célèbres. Il a été agrandi et modernisé durant une rénovation qui a duré 3 ans, entre 2016 et 2020. Et, si vous l’aviez visité avant 2016, je vous recommande chaudement d’y retourner : le musée s’est transformé en un lieu de culture et de vie coloré, décontracté et accueillant.

On entre maintenant de plain-pied par la rotonde géométrique colorée par Sol Lewitt, avant d’accéder au grand salon.

La chapelle est devenue un superbe espace coloré où l’on peut se poser un moment, avec canapés, livres, jeux et tisanerie.

Chaque salle possède son propre style, les murs sont peints de tons vifs. Les riches collections médiévales sont ainsi mises en valeur par les bleus profonds de la “waide” (une plante tinctoriale qui fut longtemps la seule plante connue en Europe permettant d’obtenir la couleur bleue et permit la richesse des négociants waidiers amiénois.)

Si le musée de Picardie a un vaste fond issu du Moyen-Âge, toute l’histoire de la région y est représentée, depuis le paléolithique jusqu’à l’art contemporain. Un sacré voyage dans le temps !

Le musée propose d’ailleurs des œuvres d’Alfred Manessier, originaire du Crotoy, qui a peint inlassablement les couleurs de la Baie de Somme et a réalisé les vitraux de plusieurs églises.

Le musée expose plusieurs centaines d’œuvres qui étaient conservées dans les réserves, il réunit et présente de riches collections d’archéologie, de sculptures, d’objets d’art et de peintures.

J’ai été ébahie par la richesse des collections archéologiques, égyptiennes, grecques, gallo-romaines et médiévales. Si les collections égyptiennes et grecques ont été réunies et léguées par le peintre Albert Maignan, l’essentiel des collections archéologiques a été mis au jour lors de fouilles effectuées dans le département de la Somme.

Le sous-sol expose ainsi de nouvelles œuvres, comme la Vénus datée de 23 000 ans, retrouvée récemment sur le site de Renancourt.

Toute une population de magnifiques statues est dispersée dans l’aile gauche, notamment celles d’Albert Roze et Léon Lamotte, des sculpteurs picards.

On monte à l’étage par un majestueux escalier, en découvrant les gigantesques fresques de Puvis de Chavannes, qui rendent hommage à la Picardie.

Toutes les dorures de la rotonde (salon de l’impératrice Eugénie) ont été mises au jour, elles n’étaient pas visibles auparavant.

La rotonde de l’Empereur ou salon du dôme, à l’étage, est la salle la plus richement décorée du musée. Le plafond est orné de peintures représentant La France couronnant les gloires littéraires, artistiques, militaires et scientifiques de la Picardie (Jean de La Fontaine, Jean Racine, Maurice-Quentin de La Tour, Jean-Baptiste Delambre, Jeanne Hachette, le maréchal Serrurier…) Les chapiteaux ont été sculptés par les frères Duthoit.

L’une des collections les plus importantes du musée est celle des Puys d’Amiens, des œuvres destinées à la cathédrale d’Amiens et désormais exposées au 1er étage du musée. Ces peintures richement encadrées étaient offertes à la cathédrale par la confrérie Notre-Dame du Puy, une société pieuse qui rassemblait des notables amiénois.

Reconnaissez-vous le roi représenté au centre du tableau, sous le pied de la Vierge ? 😉

Le musée devrait encore évoluer dans les mois et les années à venir. Des sculptures devraient apparaître dans le jardin, il sera possible de visiter en musique ou de passer une demi-heure guidée autour d’une œuvre…
L’histoire du musée, de sa création à aujourd’hui, est d’ailleurs présentée au travers de personnages de bande dessinée, représentant les grandes figures historiques liées au musée, et des panneaux permettent de visiter le musée de manière ludique pour les plus jeunes.

Ne ratez pas le musée de Picardie si vous passez à Amiens ! Vous y découvrirez de véritables trésors…

INFORMATIONS PRATIQUES

Adresse : pavillon Maignan, rue Puvis de Chavannes 80000 Amiens

Horaires : du mardi au vendredi de 9h30 à 19h (18h de septembre à avril) et les samedis, dimanches et jours fériés de 11h à 19h (18h de septembre à avril). Fermé le 1er janvier, 1er mai et 25 décembre.

Tarif : 7€ / 4€. Gratuit le premier dimanche du mois.

Le zoo d’Amiens

Le zoo d’Amiens est une île de biodiversité de 7 hectares située à deux pas du centre-ville, dans laquelle le végétal et l’animal se découvrent au fil de l’eau.

Il est très fréquenté par les familles qui apprécient la nature et le dépaysement, car il invite à découvrir les 700 animaux qui le peuple tout en parcourant “virtuellement” le monde. C’est un endroit où vous croiserez beaucoup d’enfants fascinés par les animaux, leurs couleurs, leurs formes, leur comportement…

Photo de Vassil issue de wikipedia

Le zoo a été rénové : depuis 2020, les zones Archipels et Rivages ont été ouvertes pour étendre le parc, proposant des expériences inédites et de nouvelles espèces dont le magnifique tigre de Sumatra.

Je ne suis pas particulièrement fan des zoos, car je n’aime pas voir les animaux enfermés. Mais, après avoir discuté avec les employés de plusieurs d’entre eux, j’ai fini par comprendre que les zoos ont pour mission première de conserver des espèces exotiques menacées (par l’homme et/ou le changement climatique). Et le zoo d’Amiens, comme tous les autres, a aussi une mission scientifique (recherche, reproduction…) et pédagogiques (pour les enfants, mais aussi les adultes !).

Le zoo d’Amiens est établi sur un environnement particulier : la petite Hotoie, une vaste zone humide plantée d’arbres centenaires, qui abrite une faune locale particulièrement riche. Des dizaines d’espèces d’oiseaux, des chiroptères (8 sur les 12 espèces de chauve-souris présentes dans la Somme), des rongeurs, des amphibiens, des reptiles, des insectes et des arachnides.

INFORMATIONS PRATIQUES

Adresse : Allée du zoo – Esplanade de la Hotoie 80000 Amiens

Horaires :
de 10h à 17h en février, mars, octobre et novembre. Jusqu’à 18h en avril, mai, juin et septembre. Jusqu’à 19h en juillet et août. Fermeture annuelle du 16 novembre au 31 janvier.

Tarifs :
9,5€ adulte / 6€ enfant / gratuit enfant de moins de 3 ans / 6,50€ réduit (demandeur d’emploi, étudiant, bénéficiaire RSA…). Il est possible de payer en chèques vacances.

Le Jardin des plantes

Le Jardin des plantes d’Amiens vous accueille non loin de la citadelle. Lors de ma venue à Amiens, il était exceptionnellement fermé et je n’ai pu prendre des photos que de l’extérieur, mais c’était déjà bien tentant !

jardin des plantes d'Amiens
photo issue du site Amiens.fr

Propriété de la ville d’Amiens, c’est un jardin de 9800 m² au tracé régulier qui a été créé au milieu du 18ème siècle. D’ailleurs, à l’origine, il était appelé le Jardin du Roy. C’est l’un des plus anciens de France : en 2001, le Jardin des plantes – intégré à la faculté des sciences d’Amiens – a fêté son 250e anniversaire.

photo issue du site Amiens.fr

Les serres, dont une de style Napoléon III de 135m², ont été construites en 1895, alors que l’orangerie date de 1802.

C’est à la fois un jardin botanique, un jardin public et le lieu de production de plantes. Vous pouvez ainsi y admirer une jolie collection de rosiers.

photo issue du site Amiens.fr

Le jardin présente aujourd’hui des collections botaniques selon le thème : « des Plantes, des Usages et des Hommes » : les plantes alimentaires, celles utilisées en médecine, les plantes tinctoriales, la végétation des champs, les cultures de notre région utilisées en industrie agroalimentaire et dans l’artisanat, les plantes valorisées pour les biocarburants ou la dépollution…
Chaque plante est étiquetée et des panneaux présentent chaque collection.

photo issue du site Amiens.fr
photo issue du site Amiens.fr

Le jardin possède également des arbres ornementaux remarquables (cornouiller, hêtre à feuilles de fougère, chêne à feuille de saule, etc.)

INFORMATIONS PRATIQUES
Adresse :
60, rue du Jardin des Plantes 80000 Amiens
Horaires : du 1er avril au 30 septembre de 8h à 20h et du 1er octobre au 31 mars de 8h à 17h30
Tarif : gratuit

En remontant le boulevard des fusillés vers la Citadelle d’Amiens, vous croiserez quelques jolies maisons originales.

Au 62, rue des Fusillés, la “maison au chat” (la rue rend hommage aux résistants amiénois fusillés dans les fossés de la Citadelle toute proche, pendant la seconde guerre mondiale). Cette maison construite au 19e siècle doit son surnom au chat qui se trouve dans une niche au-dessus de la porte d’entrée. D’autres éléments de style gothique ornent cette façade : des arcs en accolade et des “choux feuillus”.

L’ancienne citadelle d’Amiens

La citadelle d’Amiens a été créée à la demande d’Henri IV qui souhaitait protéger la frontière nord du royaume après la prise de la ville par les Pays-Bas Espagnols en 1597. Philippe Auguste et François 1er avaient fait construire des fortifications, mais pas une véritable forteresse.
La Citadelle a été entièrement achevée en 1622. Construite en brique et en pierres saillantes, elle possédait cinq bastions, précédé de larges fossés.
Rachetée à l’armée en 1999 par la ville, la Citadelle a été rénovée pour accueillir une partie de l’Université de Picardie Jules-Verne depuis 2018.

La Citadelle communiquait avec l’extérieur par trois portes distinctes :

Au sud, la « porte royale » de 1615, qui a été la porte d’entrée jusqu’à ce qu’elle soit murée et restaurée en 1859.

L’ancienne « porte Montrescu » ou « vraie porte », rebâtie en 1389 ou 1392. Elle fut arasée jusqu’à la voûte et ses tours furent démolies au 17e siècle. On construisit au-dessus le logis du gouverneur, en brique, avec chaînage et encadrement des ouvertures en pierre.

Et enfin, la nouvelle « porte du Ravelin de Montrescu » ou « fausse porte », entrée secondaire, construite plus au nord sous François Ier, de 1524 à 1531 pour renforcer les remparts médiévaux de la ville.

Cette entrée sculptée fut enfermée à l’intérieur des murs est de la citadelle et réduite à une simple fonction décorative en 1598, puis, elle devint une chapelle. Les parties supérieures de l’édifice sont couvertes des salamandres, emblèmes du roi François 1er, ainsi que de ses initiales. À l’intérieur de la porte Montrescu, des armoiries sculptées ornent les voûtes et les murs.

Dès 1659, la citadelle d’Amiens a perdu tout intérêt stratégique : l’Artois ayant rejoint le royaume de France, la frontière se trouvait repoussée vers le nord. Mais une garnison a continué à occuper le site.

Deux bâtiments donnant sur la place d’Armes ont été construits au 19e siècle : un casernement et, en face, des écuries. C’est dans ces bâtiments que se sont installés les services universitaires.

Street Art

Terminons notre balade avec quelques œuvres d’art de la rue…

La ville d’Amiens propose un parcours “street art” présentant une vingtaine d’œuvres dans le quartier Saint-Leu, mais vous pourrez en découvrir un peu partout dans la ville, que ce soit des fresques monumentales et colorées ou de discrets graffiti.

J’espère que cet article vous aura donné des idées sur les choses à faire, quoi voir et quoi visiter à Amiens pour une journée ou un week-end.

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