Coups de coeur

Une journée à Harnes, entre patrimoine minier et paradis de verdure

La petite ville de Harnes se situe entre Lens et Courrière, en plein Bassin Minier. Je m’y suis rendue un peu par hasard et j’ai découvert une cité surprenante, attachée à son passé, et où la nature a retrouvé ses droits. Entre musées passionnants, plans d’eau enchanteurs et urbanisme stylé, Harnes est une ville à découvrir.

L’Histoire de Harnes

Au 19e siècle, la petite cité s’est développée grâce à la découverte du charbon, accueillant une main d’œuvre cosmopolite dans la Compagnie des mines de Courrières.

Durant la Première Guerre Mondiale, la ville de Harnes a été totalement détruite. L’exploitation minière a repris peu à peu, grâce à l’arrivée de la main d’œuvre immigrée, notamment d’origine polonaise. Les deux puits d’extraction, le n°9 et le n°21 ont été remis en service.
Durant la Seconde Guerre Mondiale, les mineurs ont été les premiers à prendre les armes contre l’envahisseur nazi.

L’après-guerre a été marqué par la fameuse “bataille du charbon” pour relancer l’économie française.
L’arrêt de l’exploitation du charbon a toutefois été décidé, ainsi que la fermeture des puits, respectivement en 1966 et en 1973.

Depuis, la nature a retrouvé ses droits avec une coulée verte qui traverse la ville, avec les berges du canal au sein d’un parc verdoyant, le Bois de Florimond.

Le Bois de Florimond et le lagunage

C’est une bien jolie balade qui vous attend dans cet espace naturel pourtant créé de la main de l’homme entre 1999 et 2002 sur l’ancienne fosse n°9. Le lagunage de Harnes est méconnu alors qu’il a reçu le prestigieux prix européen Barbara Rosa pour son aménagement paysager. Et il se visite !

La communauté de communes ayant décidé de reconquérir les rives du canal de la Souchez en créant des sites de nature, le Bois et le lagunage de Harnes font partie du “Parc des berges de la Souchez”, un écrin de verdure qui s’étend sur plus de 300 hectares de Loison-sous-Lens à Courrières, au bord de l’eau.

La faune et la flore se sont reconstituées dans cet environnement et de nouvelles espèces viennent y nicher. 200 espèces de plantes et 76 espèces d’oiseaux sont recensées dans ce surprenant site aux allures de marais.

On se promène entre les différents bassins en admirant les reflets dans l’eau, les couleurs changeantes des végétaux et les nombreux oiseaux présents. Si les poules d’eau et les canards sont nombreux, vous croiserez également des cygnes et des hérons cendrés.

Le lagunage de Harnes est logé dans le bois de Florimond, un espace naturel de 34 hectares où une variété encore plus grande de plantes et d’animaux a pu se développer (140 espèces animales et 200 espèces végétales y ont été observées).

Allez vous y promener, longez les bassins du lagunage et baladez-vous dans le Bois… Vous prendrez un bain de nature et de quiétude. J’ai un GROS coup de coeur pour ce très bel endroit !

En savoir plus sur le Bois de Florimond et le lagunage de Harnes

INFORMATIONS PRATIQUES

Adresse : via la Rue de la Gare à Harnes (parking, accès direct au lagunage), la passerelle piétonne depuis la rue des Saules ou la rue de Fouquières.
Horaires : 24h/24 et 7j/7
Tarif : gratuit

Le lagunage de Harnes fait partie de la Chaîne des Parcs. “Ce projet associe les plus beaux espaces du territoire : des friches minières transformées en parcs, des terrils qui marquent l’horizon comme nulle part ailleurs, d’anciennes voies ferrées des mines réinvesties en liaisons douces, les grands sites de la mémoire de la Première Guerre mondiale, des parcs de loisirs, des bois et forêts, des canaux. C’est une grande trame paysagère mais aussi une trame urbaine qui s’insère jusque dans les villes.”

Le patrimoine UNESCO

Depuis le 30 juin 2012, le Bassin minier du Nord-Pas de Calais fait partie du millier de biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ! Et Harnes, petit ville discrète de l’agglomération Lensoise, regroupe 5 sites exceptionnels !

Le tronçon de cavalier (voie ferrée) Estevelles/Harnes, qui débute au pied du Terril 98 et prend la direction du canal de Lens. Long de 4 kilomètres, il est devenu un sentier de randonnées.

Le monumental terril conique 93, qui a été exploité entre 1914 et 1957. Il est relié au Terril 98 à Estevelles par le tronçon de cavalier et il mesure… 98 mètres de haut. Son nom ? “Fort Louis”. Car il y a fort longtemps, un fort fut érigé à cet endroit.
Le terril est noir et la végétation y est rare, contrairement à la plupart des terrils alentours. Du temps de son exploitation, le tri était mécanisé et donc plus efficace. Le terril harnois est donc composé exclusivement de schiste, et non de déchets de charbon, tant appréciés par les plantes thermophiles.
Le terril “Fort Louis” est donc interdit au public : la matière qui le compose étant friable, il serait dangereux de s’y promener.

La fosse 21, ouverte en 1913, qui dépendait de la compagnie des mines de Courrières. C’est elle qui contribua à la création du terril “Fort Louis”.
(Les puits ont été remblayés en 1978, le chevalement du puits 21 détruit en 1979).

La vaste cité pavillonnaire “Bellevue” ancienne ou cité du 21, construite par la Compagnie des mines de Courrières dans les années 1920.
Situées à proximité de la fosse 21, les habitations de la cité Bellevue ancienne offrent une dizaine de modèles architecturaux différents, avec de nombreux jeux de volumétries de toitures. Leurs qualités exceptionnelles proviennent également de la richesse des décors : frises, bandeaux, motifs en briques blanches qui ornent la partie supérieure des façades.

Et enfin, construits au sein de cette cité par la Compagnie des Mines de Courrières, l’église du Sacré-Coeur d’Harnes, inaugurée en janvier 1940 et l’école de la Cité Bellevue, construite dans les années 1920.
L’église possède une façade massive et plutôt austère au sommet duquel se dresse un petit mur-clocher plutôt qu’un grand clocher. À l’intérieur, des représentations de la vierge noire de Częstochowa attestent de son utilisation par les familles originaires de Pologne.

INFORMATIONS PRATIQUES

Adresse : Cité Bellevue. Rue de Saint Claude, rue de Stalingrad, rue de Poligny…
Tarif : gratuit

Le passé minier est si important que la ville de Harnes a décidé de créer un très joli musée qui lui est dédié.

Le musée de l’école et de la mine

Depuis 1981, l’ancienne école Diderot accueille les visiteurs qui veulent découvrir les racines minières de Harnes, mais aussi une classe du début de 20e siècle.

Ce musée a été créé par des bénévoles regroupés en association sous le nom de “Amis de l’École et de la Mine”, qui se chargent également des visites. Lors de ma venue (pendant les Journées du Patrimoine), j’ai eu la chance d’être guidée par une ancienne institutrice et un ancien mineur.

Le Musée de l’école et de la Mine rend d’abord hommage à la condition des « gueules noires » en soulignant tous les aspects de leur vie, aussi bien chez eux qu’à la mine.

Les salles d’exposition retracent la dangerosité de leur travail, avec une salle de télégrisoumétrie reconstituée et une autre consacrée aux maladies professionnelles, comme la silicose.

Puis on découvre une salle réservée au matériel minier moderne et une salle de géologie minière.

Au sous-sol du Musée, des anciens mineurs ont reconstruit leur univers en créant une lampisterie et une galerie de mine qui s’étend sur une trentaine de mètres !

En remontant à la surface, vous aurez beaucoup appris du labeur des mineurs. Et en montant à l’étage, vous partagerez encore la vie du mineur par un passage au “café d’el fosse” et pourrez observer la reconstitution d’un habitat minier mis en scène.

La visite de la salle d’école, avec l’exercice de la dictée à la clé (gloups !), est tout aussi éducative et chargée de souvenirs.

La salle de matériel didactique jouxtant la classe illustre l’enseignement des années 1900 grâce à une exposition de matériel et de documents pédagogiques. Des centaines de photographies d’écoliers sagement alignés dans leur tablier, d’affiches murales, de documents pédagogiques, nous replongent dans une époque révolue.

Le musée de l’école et de la mine de Harnes n’est pas très grand, mais il est aussi émouvant qu’intéressant ! Il vous replonge littéralement dans le passé. C’est une visite à ne pas manquer, d’autant que vous serez guidé(e) par des passionnés qui auront à cœur de vous faire partager tous leurs souvenirs.

INFORMATIONS PRATIQUES

Adresse : 20/24 rue de Montceau-les-Mines 62440 Harnes
Horaires : les mardis et jeudis de 14h à 18h, et sur rendez-vous.
Tarif : L’entrée est gratuite.
Renseignements : 03 21 75 38 97.

Le musée d’histoire et d’archéologie

Créé en 1926 par les anciens combattants de Harnes, le Musée regroupaient au départ des objets datant de la Grande Guerre (casques, médailles, armes, photographies…), puis de la Seconde Guerre Mondiale. En 1969, la municipalité a acheté une grande et belle demeure et, en 1971, les collections militaires rassemblées par les anciens combattants y ont été réunies, ainsi que les vestiges archéologiques découverts sur différents sites autour de Harnes.
Le Musée est ainsi devenu un lieu de mémoire consacré à la fois aux deux conflits mondiaux et à l’archéologie.

Le Musée est classé “Musée de France” et, depuis l’été 2012, une belle rénovation l’a métamorphosé, créant de nouvelles salles d’expositions (que je n’ai pas pu photographier).

Dans cette extension, trois salles d’archéologie reflètent le riche passé gallo-romain et médiéval de Harnes grâce à des objets découverts lors de fouilles locales : une importante collection d’objets archéologiques locaux tels des tessons, poteries, éléments de vaisselles, monnaies, sceaux, bijoux, objets divers, éléments d’une villa gallo-romaine…

Le musée se développe ensuite sur plusieurs salles dans la nouvelle extension, dont une sur la Résistance et une sur la Déportation, très émouvantes. Le musée rappelle ainsi la dure occupation à dix kilomètres du front de 1914/1918, puis la répression féroce des actions de résistance durant la Seconde Guerre Mondiale.
Les collections présentées dans ces salles se sont formées grâce aux dons faits par des particuliers, en majorité harnésiens. Ces collections sont aussi riches que variées : armes, éléments d’artillerie, uniformes, affiches de propagande, archives, objets du quotidien, œuvres d’art, documents divers…

À partir de documents originaux recueillis auprès des Harnésiens, c’est l’impact local des grands évènements du 20e siècle qui est évoqué et mis en valeur.

INFORMATIONS PRATIQUES

Adresse : Rue de Picardie 62440 Harnes
Horaires : les mercredis (10h à 12h et de 15h à 18h) et samedis (de 14h à 17h) et sur rendez-vous. En ce moment, avec la crise sanitaire, l’accès au Musée se fait uniquement sur rendez-vous (appelez le 03 21 49 02 29 ou 06 70 80 74 76)
Tarif : L’entrée est gratuite.
Renseignements : 03 21 49 02 29.

Harnes Néo-flamande et art déco

Après la Première guerre mondiale, la ville de Harnes, comme beaucoup de ville proche du front, avait été quasiment rasée par les bombardements. Il a donc fallut reconstruire les bâtiments, et notamment les habitations lorsque l’économie a été relancée.
Harnes présente donc plusieurs jolis spécimens d’édifices de style Art Déco mêlé de “Renaissance Flamande”, typique de ce qui fut construit dans la région lensoise dans les années 1920 et 1930.

L’école Henri Barbusse

Le groupe scolaire Henri Barbusse (situé avenue Barbusse) constitue un symbole de la politique scolaire de la municipalité harnesienne durant l’entre-deux-guerres. Il représente aujourd’hui un remarquable exemple d’architecture scolaire des années 1930. L’école maternelle et primaire, qui fut d’abord une école de fille, présente d’ailleurs le blason de la ville “aux deux cigognes”.

Le blason de la ville de Harnes, avec les trois clés et les deux cigognes :

L’église Saint Martin de Harnes

Située sur la place de Harnes, en face de l’hôtel de ville, l’église Saint Martin est une copie de celle qui a été détruite durant la Grande Guerre. La précédente datait de 1777 et celle-ci a été terminée en 1929.

L’église de briques et de pierre est typiquement de style néo-classique (18e et 19e siècle, inspiré de l’architecture grecque et romaine). Son portail est surmonté d’un fronton triangulaire “à la grecque”.
La tour-clocher mesure 52 mètres de hauteur.

L’église ne possède pas de transept (elle n’a pas un plan en croix) et elle est terminée par une abside en demi-cercle.

INFORMATIONS PRATIQUES

Adresse : 32 Grand’ Place 62440 Harnes
Contact : 03 21 20 26 93

Cet article vous plu ? Gardez-le ou partagez-le.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.